Le poème d’Atrahasis « le Supersage »

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Ce poème, dit d’AtraHasîs le Supersage datant du XVIIIe siecle av. J.-C environ et écrit en akkadien,conte l’épopée de ce personnage mythologique en Mesopotamie en 1200 vers environ. Mais aussi la creation des hommes puis le Deluge, qui commence par:

« Lorsque les dieux faisaient l’homme, Ils étaient de corvée et besognaient : Considérable était leur besogne, Leur corvée lourde, infini leur labeur. Car les grands Anunnaku, aux Igigu, Imposaient une corvée septuple ! »

Dans cet extrait on perçoit une division hiérarchique  entre les grands dieux qui va être à l’origine du Déluge: les Igigu sont les serviteurs des Anunnaku et ont pour rôle de cultiver la terre pour nourrir les dieux ( rôle que joueront les hommes par la suite).

Les Igigu finissent par protester contre la pénibilité de leur statut et se rendent au palais d’Enlil (Dieu qui exerce le pouvoir, comparable a Zeus). Enlil est terrorisé, se barricade et fuit donc cette rébellion .

Est alors tenu un conseil de guerre par différents autres dieux dont plusieurs se rangent du côté des Igigu. Enki (dieu ingenieux aui assure la fonction technique du pouvoir) propose alors que Bêlet-ilî, la Matrice, appelée aussi Mammi, sage-femme des dieux (la déesse-mère) produise l’Homme pour assurer la corvée des dieux. Enki immolera le  (« esprit ») afin de mélanger sa chair et son sang à l’argile de la fabrication, à partir duquel Mammi produira l’homme (c’est par le mélange de l’argile avec la chair du dieu que se crée premièrement une âme pouvant survivre à la mort). A terme les Igigu sont donc et relèguent leur tâche aux hommes: « les dieux sont de loisir ».

Les hommes sont donc immortels à leur création et se multiplient, ce qui entraîne un vacarme empêchant le dieu Enlil de « dormir »:

 » Douze cents ans [ne s’étaient pas écoulés] [Que le territoire se trouva élargi] et la population multipliée. [Comme un taur]eau, le pa[y]s tant donna de la voix Que le dieu-souverain fut incommodé [par le tapage]. « La rumeur des humains [est devenue trop forte] : Je n’arrive plus à dormir, [avec ce tapa]ge ! [Commandez donc] que leur vienne l’Épidémie » (La suite manque).

Pour résoudre ce problème, Enlil leur fera subir des fleaux divers qui finiront par la plus dévastatrice des catastrophes, le déluge. Atrahasis sur terre, va contrer un à un les fleaux avec l’aide du dieu Enki, ainsi il réussit a remédier a l’Epidémie, la Sécheresse, grâce à quoi les hommes peuvent continuer à se multiplier. Alors Enlil courroucé d’apprendre Qu’Enki aide Atrahasis le « supersage » lance un cataclysme radical: le Déluge.

Enki s’y oppose : « [« Ainsi vous ai-je débarrassés de votre lourde corvée, ] [En imposant] votre beso[gne aux hommes], Vous [leur] avez alors [conc]édé la rumeur (du pullulement), Après leur avoir même immolé [un dieu] (pour leur accorder) de l’« es[prit] » ; Et maintenant, [en sé]ance, vous comm[anderiez] [Leur élimination (?)] ? Vous vous laisseriez aller à déc[ider] Leur retour au n[éant] ? Faisons prêter serment (!) en ce sens (, avez-vous résolu,) A Enki-le-prince (?) ! » Et Enki, rouv[rant] la bouche, S’adressa (derechef) aux di[eux, ses frères] : « Pourquoi voulez-vous me lier d’un serment ? Puis-je porter la main contre [mes] cré[atures] ? Et ce Déluge dont vous par[lez], Qu’est-ce que c’est ? Je [l’ignore] ! Est-ce à moi de [le] produire ? Non ! C’est là l’office [d’Enlil] ! Qu’il décide, lui, [et commande] : Et alors, que ␣ullat et [Hani␣] Partent [en tête] (du cortège fatal) ; Que Ner[gal arrache] les étais des vannes célestes ; Que [Ninurta] s’en aille Faire débord[er les barrages d’en-haut] ! «  A la suite, Enki envoit un message prémonitoire à Atrahasis:  » [Supersage] ouvrit (encore) la bouche [Et s’adressa] à son seigneur : « Explique-moi le sens [de ce rêve], Que j’en comprenne [la portée] et saisisse les conséquences ! » Et [Enki], ayant ouvert la bouche, s’adressa à son serviteur : « Tu veux comprendre [ce songe], dis-tu. Eh bien ! retiens exactement Le message que je te délivre : « Paroi ! Ecoute-moi bien ! Retiens tout ce que je dis, palissade ! Jette à bas ta maison, pour te construire un bateau ! Détourne toi de tes biens, Pour te sauver la vie ! Le bateau que tu dois construire […] équilatéral – […] Toiture-le, pour que, comme (de) l’Apsû, Le soleil n’en voie pas l’intérieur ! Il sera clos de tous côtés, Et son équipement devra être solide, Son calfatage épais et résistant ! Après, je te ferai pleuvoir Oiseaux à profusion et poissons par corbeilles ! » Enki ouvrit alors et remplit la clepsydre, La réglant pour l’arrivée du Déluge, sept jour après ! Quand Supersage eut reçu ces instructions, Il réunit devant lui les Anciens Et, ayant ouvert la bouche, Il s’adressa à eux : « Mon dieu n’est [plus d’accord] avec le vôtre : Enki et [Enlil] sont fâchés ! Ce qui m’oblige à quitter [votre ville (?)], Puisque je suis dév[ot d’Enki] ! Ainsi en a-t-il déc[idé] : Je [ne] resterai donc plus en [votre cité], Je ne ga[rderai plus les pieds] [sur] le territoire d’Enlil, Mais je […] avec les dieux, et […] ! [Ainsi] en a-t-il décidé ! (La suite immédiate est perdue)

Commencent alors les préparatifs et la construction du navire de Supersage, dans une partie du textetrès mutilée : « Les Anciens […] Les charpent[iers avec leurs doloires], Les roseleu[rs munis de leurs mailloches-de-pierre], [Les plus petits apportaient] le bitume, Les plus pauvres [le fourniment] (Une quinzaine de lignes trop mutilées pour être intelligibles) Tout ce qu’il avait [d’or], Tout ce qu’il avait [d’argent] ; [Les animaux] « purs » (?) […] Les plus gras (?) […], Il les attrapa et les emba[rqua]. [Oiseaux] emplumés du ciel, Troupeaux […] Best[ioles…] de la steppe : [Tous,] il les embar[qua]. Et, […] quand la lune [dispa]rut (?), Il invita ses gens à un banquet […], […], Après avoir embarqué sa famille. [On mang]ea donc copieusement [Et l’on b]ut d’abondance.Lui, cependant, ne faisait qu’entrer et sortir, Sans jamais s’asseoir, ni même s’accroupir, Tant il était désespéré et nauséeux. »  

Survient alors le Déluge, sous la forme d’une gigantesque inondation : « Puis le temps changea d’aspect. Et Adad retentit dans les nues : Sitôt que s’entendit le grondement du dieu, On apporta du bitume, pour obturer l’écoutille, Et, à peine fut-elle close, Adad de tonner dans les nues, Tandis qu’un vent furieux, du premier coup, Rompait les amarres et libérait le bateau. Quelques lignes perdues. » Le Déluge se déchaîne. Les dieux eux-mêmes sont effrayés par le spectacle, particulièrement Enki et Nintu/Mammi, la déesse-mère, créateurs de l’humanité. « […] la tempête […] attelés (?) […]. [Anzû labourait] le ciel [De] ses [se]rres. [La tempête frappait] la terre, Interrompant sa rumeur [comme (l’on brise) un pot] ! Et, le Déluge [déchaîné], L’Anathème passa [comme la guer]re sur les hommes ! Personne [ne] voyait plus personne : [Nul n’]était discernable dans ce carnage ! [Le Dél]uge mugissait comme un taureau, Et, [comme] un aigle [qui gl]atit, Le vent [hurlait]. [Profondes] étaient les ténèbres, le soleil ayant disparu. [Les gens (?) mouraient (?)] comme des mouches. […] […] le fracas du [Dél]uge Epouvantait (?) même les dieux. E[nki] était hors du sens, [A voir (?)] ses enfants emportés [So]us ses yeux ! [Nin]tu, la grande Dame, Trahissait [son h]orreur de ses lèvres, Tandis que les Anunnaku, les grands-dieux, [Demeura]ient là, anéantis de faim et de soif. A ce spectacle, la déesse éclata en sanglots, La sage-femme divine, Ma[mmi]-l’experte : « Disparaisse ce jour (criait-elle), Puisse-t-il retourner aux ténèbres ! Mais moi, dans l’assemblée des di[eux], Comment ai-je pu, avec eux, Prendre une telle décision finale ? Enlil, par son discours aussi habile Que celui de la Tiruru fameuse, A rendu vaines mes paroles ! C’est pourtant bien moi, en personne, Qui avais perçu l’appel des hommes au secours : Sans que j’y pusse rien, ma progéniture Est devenue comme mouches abattues ! Comment rester encore ici, Mes cris étouffés, dans cet habitacle en deuil ? Je vais monter au ciel, Pour ne point demeurer En cette résidence funeste (?). C’est là-haut que c’est rendu Anu, notre chef (?), Et les dieux, ses enfants, qui ont ouï son appel, Après avoir, inconsidérément, décidé le Déluge Et voué les humains à cette héc[atombe] ! » Quelques lignes perdues, puis Nintu poursuit ses lamentations sur les hommes. D’avoir pleuré lui apaisa le c␣ur ! Ainsi Nintu gémissait-elle, Exhalant (?) son émoi (?), Et les dieux, avec elle, déploraient la terre. Soûlée de désespoir, La déesse avait soif de bière : Là où elle restait, en pleurs, Ils se tenaient aussi, pareils à des moutons Serrés autour de l’abreuvoir, Leurs lèvres desséchées d’angoisse, Et titubant d’inanition. Sept jours et sept nu[its] Se poursuivirent bourrasques, pluie battante et [Déluge] Là où […] Fut abattu […] (La suite immédiate est inintelligible.) » Puis le Déluge cesse. AtraHasîs arrive et offre un sacrifice aux dieux, qui viennent aussitôt, attirés par la bonne odeur : « [Il dispersa] aux quatre-vents [tout ce que portait le bateau], Puis servit [un repas-sacrificiel (?)] Pour subvenir à la nourriture des dieux, [Et il leur fit une fumigation orodante. (?)] [Humant] la bonne odeur, [les di]eux S’attroupèrent autour du banquet, [comme des mouc]hes! » 

Mais Nintu reproche aux dieux qui ont demandé le Déluge pour exterminer tous les hommes mais prennent pourtant part au festin donné par le seul homme survivant : « D’où nous arrive Anu, notre chef ? Et Enlil ? Il a donc participé au banquet, Lui qui, inconsidérément, avait décidé le Déluge et voué les hommes à cette hécatombe, Tandis que vous autres preniez avec lui une pareille décision finale ? A présent, les visages des hommes ont disparu dans les ténèbres ! «  Enlil se rend compte qu’il a été joué encore une fois et il est furieux.

Enki se défend, et propose alors d’imposer aux hommes la mort et de frapper certaines femmes de stérilité, afin éviter toute future surpopulation : « Ô divine [Ma]trice, [toi] qui arrêtes les destins, Impose donc aux hommes la mort […] En sus, triple (?) loi à appliquer aux hommes ; Chez eux, outre les femmes fécondes, il y aura des infécondes ; Chez eux sévira la Démone-éteigneuse, Pour ravir les bébés Aux genoux de leurs mères ; Institue-leur pareillement des femmes-consacrées : ugbabtu, entu et igisîtu, Avec leur interdit particulier Pour leur défendre d’être mères ! »

Encore d’autres fragments décrivent certaines phases du deluge, un dialogue entre Enki et Atrahasis et la participation d’un ange-oiseau qui enrichissent les texte et leur compréhension. Cette version du déluge est à rapprocher d’autres récits mythologiques comme l’épopée de Gilgamesh.

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